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L'arbre

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Une colonie trop souvent ignorée
Lorsque l'on m’a demandé de livrer un texte d'une demi-page définissant l'arbre, j'ai très vite compris que le format serait intenable et qu'il m'était impossible de livrer un écrit dénué de toute partialité pour un sujet qui me tient tant à cœur. Il me revint alors un souvenir, un jour déjeunant avec Francis Hallé, ce dernier me demanda, « Armand, qu'est-ce qu'un arbre pour vous ? » Je m'étais lancé alors dans une définition, m'emmêlant les idées dans des spécificités botaniques propres à l'arbre, qui ne tenait pas devant cet éminent botaniste. C'est donc avec un plaisir non dissimulé qu'il me livra sa propre définition: " Pour moi un arbre, c'est un endroit où je peux me mettre à l'ombre"… Merci Monsieur Hallé. Alors que dire après cela ? Surtout ne pas se lancer dans une explication scientifique et botanique, oui l'arbre est fait de bois et de feuilles, oui la sève circule à l'intérieur, oui il respire et il transpire et oui, l'arbre est un être vivant… Alors posons nous un instant et regardons-le.
Que voyons-nous ? Un tronc, qui se divise dans une multitude de ramifications. Partant du principe vérifié, que chaque branche est indépendante de son support, cela nous amène très rapidement à la déduction suivante: nous n'avons pas devant nous un être unique mais bien une colonie d'êtres différents, vivant empilés les uns sur les autres. L'arbre est donc un "être coloniaire", un empilement d'arbres, une colonie qui vit dans une harmonie presque parfaite, relié à un tronc, vaste mélangeur, lui-même bien ancré sur un système racinaire complexe. Pour qu'une colonie fonctionne, il faut de l'organisation et du pragmatisme, ainsi pour le bien de l'ensemble, il n'hésitera pas à abandonner une branche qui lui coûte plus d'énergie qu'elle ne lui en apporte. Il sait aussi se défendre contre les agressions. Rien de surprenant dans le fait que son principal

agresseur soit l'homme et ses engins de malheur que sont les tronçonneuses, mais l'arbre réagira. Comme l'ont démontré les travaux d'Alex Shigo (1930-2006), l'arbre possède un système de défense appelé C.O.D.I.T , Compartimention Of Decay In Trees (compartimentation de la pourriture dans l'arbre), il mettra en place un système de "barrières chimiques" au sein du bois, cloisonnant ainsi les parties infectées ou blessées par ses agresseurs. Allons un peu plus loin dans cette démarche, l'arbre sait se défendre, c'est un végétal donc il ne régénère pas ses cellules abîmées mais génère de nouvelles cellules, l'arbre ne cicatrise jamais, il recouvre ses blessures. Il a donc, contrairement aux animaux, la possibilité de créer des tissus neufs à l'infini. Si tout se passait bien, sans les aléas climatiques et surtout humains, on pourrait parler alors "d'immortalité potentielle" de l'arbre. Cette structure de bois, vivante, pourrait bien, en effet, au regard de son fonctionnement, ne jamais mourir. Au-delà de ces considérations, les arbres font déjà preuve d'une  longévité bien supérieure à notre échelle de temps humain, un hêtre peut atteindre les 3 siècles, un chêne pourrait presque envisager le millénaire, un if les 4000 ans et que dire de cet épicéa en Suède qui dépasse les 9500 ans ?...  Cet être multiple, doté d'une longévité exceptionnelle, sachant se défendre, a-t-il d'autres particularité remarquables ? Francis Hallé, toujours lui, nous le décrit timide pour certaines essences et doté de facultés de communication pour d'autres. Les arbres parleraient-ils entre eux? Je vous laisse le soin de le découvrir et après cela vous ne les regarderez plus de la même façon. L'arbre n'a pas fini de nous surprendre et surtout de nous imposer l'humilité et le respect.
Pour finir, citons Alessandro Baricco (écrivain, musicologue): "Définir l'arbre, c'est comme définir la bêtise: c'est presque impossible et pourtant nous en connaissons tous d'excellents exemples. »

Publié le : 05/05/2011 16:33

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